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Les nouveaux bénévoles

L’avenir de la participation à la société civile

Dans notre société multioptionnelle, le bénévolat classique est de moins en moins populaire. Quelles sont les retombées de cette tendance sur le rôle de la société civile? L’étude réalisée sur mandat du Pour-cent culturel Migros et intitulée «Les nouveaux bénévoles» se penche sur cette question et énonce des conditions-cadres pour l’engagement civil du futur.L’étude révèle que quiconque s’engage souhaite désormais.

  • s’investir rapidement et dans des projets concrets.
  • participer à la réflexion et la prise de décision et ne plus simplement servir de main-d’œuvre gratuite.
  • discuter les projets et les développer sans rapport hiérarchique.

La condition préalable à chaque engagement civil consiste avant tout à savoir où et pourquoi l’on pourrait s’engager. Les plateformes digitales jouent à cet égard un rôle toujours plus important en favorisant l’échange et la mise en réseau. L’étude du GDI offre un aperçu des principales plateformes de participation.

Sommaire «Les nouveaux bénévoles» (PDF)

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©benevol Schweiz

«JE SUIS FIÈRE DE MON ENGAGEMENT»

Le bénévolat permet l’impossible, mais il est possible de le valoriser

Leonie Neukomm a fréquenté le groupe d’animation ouvert aux enfants et aux jeunes au sein de son Eglise depuis l’âge de 6 ans. Aujourd’hui, elle s’y engage en tant que collaboratrice bénévole: «J’ai du plaisir à organiser des activités de détente pour les enfants et, ainsi, contribuer à leur développement.» Le bénévolat constitue une longue tradition de la vie ecclésiale et renforce l’ancrage dans la foi, la communauté et la société. Mais la richesse qu’il représente est sans cesse menacée en raison des exigences toujours plus lourdes de la carrière professionnelle et de la palette étendue de l’offre de loisirs. Dès lors, les organisations recourant au volontariat doivent emprunter de nouvelles voies si elles veulent continuer à trouver des personnes prêtes à s’engager et rester attrayantes à leurs yeux.

Le nouveau Générateur de dossiers édité par benevol, le centre de compétence en matière de bénévolat, offre un moyen de valoriser de façon adéquate l’engagement non rémunéré au service d’autrui. Cet instrument vise à faciliter la tâche des personnes appelées à établir des attestations de travail volontaire. A partir d’une liste de seize types d’activités ecclésiales, le Générateur de dossiers en langues française et allemande génère le contenu d’une lettre de recommandation susceptible de représenter une authentique plus-value pour un curriculum vitæ.

Le Générateur de dossiers pour les Eglises a bénéficié d’un soutien financier généreux de la part de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) et de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS).

Générateur de dossiers - Secteur Églises
www.dossier-freiwillig-engagiert.ch 



© FEDEC-VD

Un guide pour dynamiser le bénévolat en Eglise

Aider les bénévoles à s’épanouir dans la diversité de leurs services. Telle est la principale finalité du guide «En Eglise, collaborer avec les bénévoles», édité par l’Eglise catholique dans le canton de Vaud (ECVD).

Ils font des lectures à l’Eglise, servent des repas aux réfugiés ou encore siègent dans les conseils de paroisses. Ce sont 6’000 à 7’000 personnes du canton de Vaud qui, souvent dans l’ombre, donnent gratuitement de leur temps et leur énergie pour l’Eglise et pour leur prochain, dans une très grande diversité de services. Le nouveau guide se veut un premier pas pour mettre en lumière l’engagement inestimable de ces bénévoles.

Le guide se conçue comme une «boîte à outils» du bénévolat et allie réflexion de fond et applications concrètes. Elle se compose de deux parties principales. La première est de type théologique et anthropologique. La source et les fondements du bénévolat en Eglise y sont approfondis. La seconde partie présente des fiches thématiques consacrées aux étapes clés de l’engagement bénévole. Elles permettent de renforcer les pratiques et les compétences des acteurs du bénévolat, de recueillir des idées et suggestions, d’approfondir les sujets en équipe, ainsi que de susciter des initiatives audacieuses, assure la publication. On y trouve entre autres des conseils sur le suivi et l’accompagnement des bénévoles, la formation de ces personnes, et la nécessité de leur apporter une reconnaissance. La nouvelle publication s’adresse en priorité aux agents pastoraux et aux personnes de références en Eglise. (source: cath.ch)

Télécharger le guide

Projet bénévolat de l'ECVD

Dossier bénévolat (relais nr. 22; octobre 2017)



©Netzwerk freiwillig engagiert

Enquête de la Conférence centrale sur l’engagement milicien mise en réseau

Le Réseau suisse bénévolat renseigne sur l’étude de la Conférence centrale consacrée à l’engagement milicien

Dans sa newsletter de mai 2017, le Réseau suisse bénévolat fait mention de l’enquête relative à l’engagement milicien dans l’Eglise. Ce bulletin d’information, qui diffuse régulièrement des articles sur les évolutions qui se dessinent dans le domaine du volontariat, présente un intérêt certain pour toutes les personnes concernées par ce sujet. Abonnez-vous à la newsletter si vous souhaitez être au courant des dernières nouveautés.

Le Réseau suisse bénévolat promeut le dialogue en matière de travail volontaire et crée des possibilités de tisser des liens. Il propose aux organisations une plateforme pour l’échange d’idées et de bonnes pratiques ainsi que la mise à disposition mutuelle de prestations de service. Peu institutionnalisée, la collaboration repose essentiellement sur les besoins communs. Depuis sa fondation en 2012, le réseau est soutenu activement par la Conférence centrale.



©Christoph Wider

Qu’est-ce qui est propice à l’engagement milicien?

Résultats d’une enquête menée par la Conférence centrale auprès des organisations ecclésiastiques cantonales

Les contacts personnels, brochures d’information, cahiers des charges, rencontres d’initiation à la tâche, séminaires et ateliers, de même que la prise en charge de cours de formation de base et de formation continue et l’organisation de manifestations ayant pour but d’honorer les engagements bénévoles constituent la large palette des instruments et mesures à laquelle recourent les Eglises cantonales catholiques romaines pour renforcer l’engagement milicien en leur sein. Si une nécessité de compléter celle-ci est ressentie, c’est avant tout au niveau de la formation de base et de la formation permanente ainsi que des échanges d’expériences entre cantons.

Téléchargement des résultats

La Conférence centrale s’engage au niveau national en faveur du renforcement de l’engagement bénévole. En particulier, elle soutient le réseau bénévolat et l’observatoire du bénévolat.

Vous trouvez ici des informations complémentaires à propos de l’«engagement de milice».



L’engagement de milice offre un avantage concurrentiel

Entretien avec Tibère Adler, directeur romand du think tank Avenir Suisse.

M. Adler, vous avez publié à la demande d’Avenir Suisse un ouvrage proposant des mesures destinées à améliorer les conditions cadres de l’engagement de milice en Suisse. Pour quelles raisons une organisation économique s’intéresse-t-elle à semblable sujet?

Le «système de milice» à la suisse consiste en l’engagement des citoyens dans la société, que ce soit au sein de l’armée, du monde de la politique, des Eglises ou d’associations. Cette participation à la vie de la collectivité est particulièrement développée chez nous où elle constitue un pilier de notre identité nationale aussi important que la démocratie directe ou le fédéralisme. Cet esprit citoyen représente aussi une sorte d’«avantage compétitif» par rapport à d’autre pays, un ancrage identitaire et une forme de «civilité sociale» qu’il faut encourager et préserver. Voici pourquoi Avenir Suisse, qui se définit comme un «think tank for economic and social issues», s’est intéressée au sujet. Notre fondation ne se limite donc pas au domaine économique.

Avenir Suisse soumet au débat public l’idée d’introduire un «service citoyen» en tant que mesure possible pour renforcer le système de milice. En quoi consisterait ce service? Est-il concevable qu’il revête la forme d’un engagement milicien au sein d’une Eglise reconnue?

Le service citoyen universel représenterait une nouvelle obligation de servir, dans un esprit de renforcement des liens avec la communauté que constitue la Suisse. Dans cette conception, tous les citoyens – hommes, femmes, Suisses ou étrangers résidents – devraient vouer une partie de leur temps (par exemple 200 jours, à répartir sur une durée à définir) à des activités faisant sens pour la collectivité. Bien entendu, le service citoyen pourrait se concrétiser dans les secteurs «traditionnels» comme l’armée ou le service civil, mais également dans d’autres domaines tels l’engagement dans une Eglise (reconnue) ou au sein d’une autorité politique communale.

Lors de la rencontre organisée par la Conférence centrale sur le système de milice, vous avez non seulement prononcé un exposé mais encore pu évaluer la manière dont les personnes actives dans l’Eglise considèrent ce type d’activité. Si vous faites la comparaison avec des débats tenus dans d’autres milieux, notamment au sein de cercles politiques ou économiques, avez-vous constaté des différences d’accents ou de problématiques?

Ce qui m’a frappé, c’est que les problèmes engendrés par le manque d’engagement milicien se présentent pour l’Eglise exactement dans les mêmes termes que pour les autres secteurs, qu’il s’agisse de politique, de communes ou d’associations. Les problèmes évoqués sont semblables (manque de temps, dispersion des lieux de domicile et de travail, conciliation entre vie privée et vie professionnelle). Les dimensions structurelles, institutionnelles ou formelles rebutent partout, surtout les jeunes. Pourquoi faire partie d’un comité avec des séances physiques interminables alors qu’il est si simple et rapide de créer un groupe Facebook?

En matière d’engagement milicien, nourrissez-vous des attentes à l’égard des Eglises? A vos yeux, quelle pourrait être leur contribution spécifique au renforcement du système de milice dans notre pays?

Les Eglises sont susceptibles d’être des moteurs de l’esprit de milice en Suisse, au-delà de leur mission de base. Elles peuvent être peu attrayantes pour de nouveaux miliciens si elles ont pour seul but leurs propres activités religieuses, limitées à leurs fidèles. A contrario, en s’engageant dans des activités visant le bien commun et dépourvues de connotation religieuse, les Eglises jouissent d’une présomption de crédibilité et de sérieux qui peut se révéler très stimulante. Ce paradoxe (les Eglises comme moteurs d’activités de milice à caractère non religieux) n’est qu’apparent. L’engagement de milice est un cercle vertueux: plus il est pratiqué, plus nombreux sont les miliciens et plus les activités de milice vont fleurir.

Si vous deviez proposer aux responsables ecclésiaux trois mesures concrètes pour promouvoir l’engagement milicien au sein des Eglises, quelles seraient-elles?

Je ferais trois recommandations:

  • Favoriser le mode «projet»: les tâches de milice qui nécessitent un engagement institutionnel sont moins attrayantes et réservées à des personnes douées de compétences particulières. Le mode «projet» est plus accessible aux miliciens. Les Eglises doivent apprendre à gérer de nombreux projets, constamment renouvelés, plutôt que favoriser des structures apparemment immuables.
  • Eviter le formalisme: la bureaucratie, même bien intentionnée, décourage l’esprit de milice.
  • Mettre en avant la dimension de contribution au bien commun de l’engagement de milice, en évitant le prosélytisme religieux: la foi est une affaire privée. Les Eglises sont crédibles pour stimuler de nombreux miliciens potentiels qui ne sont pas forcément croyants ou pratiquants.

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Les femmes et les hommes engagés dans l’Eglise sont-ils plus enclins à prêter leurs services gratuitement que les personnes qui s’en tiennent éloignées?

Entretien avec Theo Wehner, professeur émérite de psychologie du travail et de l’organisation à l’EPF Zurich.

Monsieur le Professeur, voilà de nombreuses années qu’en tant que psychologue du travail vous menez des recherches sur l’engagement bénévole dans notre société. Comment en êtes-vous venu à vouer une telle attention à ce sujet?

Dans une spécialité comme la nôtre, il va de soi que la liberté de la science passe avant toute autre considération. Aussi, je m’interdirais de mettre en avant une motivation particulière. Je relèverai simplement qu’en général ce sont les activités rémunérées qu’étudient les chercheurs scrutant le monde du travail, qu’il s’agisse des psychologues ou pédagogues du travail, des sociologues de l’industrie ou des chercheurs dans le domaine du travail axé sur l’ingénierie du travail. Ce type d’engagement, payé d’une manière ou d’une autre, se distingue dès lors qualitativement du travail volontaire non rémunéré ainsi que des activités miliciennes réputées être très faiblement indemnisées. Tout ce que l’on sait en matière de motivations, de visions et de critères propices à un travail rémunéré de qualité ne peut pas être appliqué tel quel au bénévolat. C’était du moins notre thèse de départ, et nous avons pu la confirmer. Ainsi, il convient de soumettre à une analyse à part les motivations des bénévoles pour évaluer la qualité du travail accompli à titre gratuit et l’organiser valablement ainsi que pour recruter des volontaires et leur assurer un encadrement et un soutien efficaces.

Dans les débats sur le poids que revêtent les Eglises au sein de la société et sur l’appui que leur accorde l’Etat, ces institutions mettent souvent en avant la place importante qu’y occupe le bénévolat. Les femmes et les hommes engagés dans l’Eglise sont-ils plus enclins à prêter leurs services gratuitement que les personnes qui s’en tiennent éloignées?

Le bénévolat est au premier chef l’expression de valeurs personnelles. Cela vaut pour tout un chacun, et non pas seulement pour les personnes animées par des convictions religieuses ou engagées dans des institutions ecclésiales. Aussi, dans les motifs incitant à l’engagement bénévole, la foi ne joue pas un rôle déterminant: le plaisir que procure l’activité, le fait d’agir ensemble ou encore l’envie de se rendre utile occupent la première place, et ce partout dans le monde. Certes, dans les résultats de la plupart des enquêtes menées sur les domaines où l’activité bénévole est la plus développée, les communautés religieuses et institutions ecclésiales se classent avant la culture et les loisirs, mais toujours après le sport (associatif) et l’entraînement physique, tout en accusant, il est vrai, un léger recul, à l’instar de la plupart des champs de l’action bénévole. Mais je soulignerai aussi que l’univers ecclésial, comparativement à d’autres domaines, se caractérise par une dimension intergénérationnelle marquée. Jeunes et vieux y cultivent des liens de proximité particulièrement harmonieux.

Il y a quelques années, vous avez passé sous la loupe l’engagement milicien des administrateurs paroissiaux réformés dans le canton de Zurich. Quels ont été les résultats les plus intéressants enregistrés?

Dans la mesure où, chez nous, on consacre plus d’études au passage des oiseaux migrateurs au-dessus des cols alpins qu’au système helvétique de milice, tous les résultats ou presque sont passionnants. Ils révèlent que les personnes qui assument volontairement des tâches administratives dans les paroisses sont très satisfaites de leur activité. Elles la vivent par contraste avec leur vie professionnelle et jugent leur rémunération «adéquate», et ce, de façon plus sensible encore que les membres de commissions scolaires et autres volontaires engagés au sein des communes. A l’instar de ce que l’on observe dans le bénévolat classique, les administrateurs paroissiaux ne recherchent ni une diversification de leur activité professionnelle ni l’acquisition de nouvelles compétences. De même, l’obtention d’un salaire d’appoint figure au dernier rang de leurs motivations. Ce à quoi ils aspirent, c’est de pouvoir influer le cours des choses, agir et se rendre utile.

Si vous deviez proposer aux responsables trois mesures concrètes pour promouvoir l’engagement milicien au sein des Eglises, quelles seraient-elles?

Il est certes passionnant de se pencher sur ce qui semble dresser des obstacles au bénévolat et, plus particulièrement, à l’engagement milicien et de sonder les moyens appropriés de contourner ces difficultés. Pour la société civile et les individus, les pierres d’achoppement résident dans

  • un dénigrement des connaissances des «laïcs» et une surestimation du savoir des professionnels,
  • un managérisme et une bureaucratisation croissants dans les domaines où il est fait appel au bénévolat et
  • une absence de créativité s’agissant des formes de reconnaissance et de participation garanties aux bénévoles potentiels. En matière de volontariat, le réservoir de celles et ceux qui sont susceptibles de s’engager n’est de loin pas épuisé!

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Quelle est l’étendue de la participation des organes de milice à l’aménagement de la vie ecclésiale au sein de l’Eglise catholique?

Questions posées à Urs Brosi, canoniste et secrétaire général de l’Eglise nationale du canton de Thurgovie.

«Le système de milice: modèle dépassé ou d’avenir?»: tel était le titre d’une rencontre organisée à Zurich le 14 décembre 2015 par la Conférence centrale et qui a attiré une nombreuse assistance. Urs Brosi, canoniste et secrétaire général de l’Eglise nationale du canton de Thurgovie, a dirigé l’un des ateliers proposés dans ce cadre et qui était centré sur les «droits de participation aux décisions». Dans l’interview qui suit, il explique ce que les personnes engagées à titre professionnel et les autorités de milice peuvent faire pour que l’engagement milicien demeure un modèle d’avenir.

M. Brosi, l’atelier consacré aux «droits de codécision» que vous avez animé a suscité l’intérêt d’un grand nombre de participants. Comment expliquez-vous cet attrait?
Celui ou celle qui s’engage à titre bénévole souhaite assumer des responsabilités, autrement dit jouir d’une certaine autonomie. Sinon, la fonction exercée à titre honorifique perd de son attrait. Or, force est de constater qu’au sein de l’Eglise catholique, le statut juridique des organes de conseil est ambigu. Les conseils pastoraux des paroisses, au sens du droit canonique, n’ont qu’un rôle consultatif et, par conséquent, dépendent étroitement du curé. En revanche, les organes des «Kirchgemeinden», littéralement «communes ecclésiastiques» (ndlr: en Suisse romande, où le concept de «commune ecclésiastique» est inconnu, ces entités régies par le droit public ecclésiastique portent le nom de «paroisses») jouissent de pouvoirs décisionnels tout en restant tenues au respect des compétences pastorales de l’évêque et du curé. Dès lors, où 3existe-t-il une marge concrète de liberté?

Lors du plénum qui a suivi les ateliers, l’utilité de recevoir des explications approfondies sur ce volet de la réalité ecclésiale a été soulignée. Quel a été le message principal que vous avez délivré?
Les rapports entre les structures démocratiques et la hiérarchie ecclésiale ne doivent pas répondre à une logique du «tout ou rien», à savoir consacrer l’autonomie complète ou la dépendance totale. En matière de droits de participation, il est judicieux de passer des accords nuancés différenciant les domaines dans lesquels ils sont exercés. Parmi ces prérogatives, on distingue notamment entre le droit de faire entendre son avis et celui d’arrêter une décision. Ainsi, en fonction des tâches concernées, le conseil de paroisse (ndlr: régi par le droit public ecclésiastique) peut reconnaître au curé un droit d’approbation pour des questions de nature financière. De même, le curé a la possibilité d’accorder au conseil pastoral (ndlr: régi par le droit canonique) un droit d’être consulté sur des questions relevant de la pastorale. La conclusion d’un accord écrit fixant ces droits est susceptible de mettre en lumière l’étendue effective de la marge de liberté dont on jouit.

Au cours des dernières années, le système dualiste a suscité des débats de politique ecclésiale parfois agités. A votre avis, quels sont les trois points principaux à prendre en considération pour prévenir des conflits et des controverses?
La survenance, de temps à autre, de divergences d’intérêts et de litiges n’a rien d’anormal. L’Eglise n’en souffre pas, du moins tant que les parties ne rompent pas le dialogue. Les images multiples que l’on nourrit de l’institution sont régulièrement à l’origine de tensions. Dans ces situations conflictuelles, les facteurs propices au maintien de la discussion sont les suivants: 1) l’existence d’une base de confiance mutuelle que seuls des contacts personnels et des expériences communes permettent de développer; 2) le recours à un intervenant externe ou un médiateur; 3) la pratique des vertus classiques de la douceur, de l’humilité et de la patience.

En votre qualité de secrétaire général de l’Eglise nationale du canton de Thurgovie, vous êtes appelé à travailler au quotidien avec des organes de milice. A votre avis, que peuvent faire les personnes engagées à titre professionnel dans l’Eglise pour que l’engagement milicien reste un modèle d’avenir?
Au-delà des tâches administratives qui vont en augmentant, ce sont surtout les conflits internes à l’Eglise, le besoin croissant d’adaptation des structures (par exemple la création d’unités pastorales) et la pénurie de collaborateurs pastoraux qui alourdissent le travail des organes de milice. Il n’existe pas de recettes simples pour contrer cette tendance. Fondamentalement, les professionnels au service de l’Eglise devraient alléger le fardeau des autorités de milice, mais sans pour autant les priver de leurs compétences. Les premiers peuvent aussi montrer aux secondes les grandes orientations à suivre dans un monde trouble. Ces professionnels chercheront à remplir leur mission en nourrissant la conviction qu’eux-mêmes et les laïcs engagés bénévolement se complètent mutuellement et sont capables de susciter ensemble une dynamique précieuse.

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La création d’unités pastorales de grande taille est un défi pour les organes ecclésiaux de milice

Questions posées à Maria Blittersdorf, théologienne et collaboratrice scientifique à l’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI).

La théologienne Maria Blittersdorf est responsable depuis 2014 de l’encadrement scientifique du projet «Neuland» à l’Institut suisse de sociologie pastorale, lequel a notamment pour objet l’aménagement des articulations entre les professionnels salariés, les bénévoles et les autorités de milice dans les grandes unités pastorales. Aussi, la Conférence centrale a sollicité les services de Mme Blittersdorf pour diriger un atelier axé sur les «unités pastorales» proposé lors de sa rencontre du 14 décembre 2015 sur le thème «Le système de milice: modèle dépassé ou d’avenir?» Dans l’interview qui suit, Maria Blittersdorf aborde la question des facteurs propres à aider les organes ecclésiastiques de milice à remplir valablement leur mission au sein des unités pastorales dont les dimensions ne cessent de croître.

Mme Blittersdorf, vous êtes appelée dans votre activité à vous pencher sur le fonctionnement des unités pastorales au sein du canton de Saint-Gall. En quoi vos expériences et impressions se recouvrent-elles avec ce que vous avez pu entendre de la part de représentants d’autres parties du pays lors de la rencontre organisée par la Conférence centrale? Où avez-vous repéré des différences?
La valeur importante attribuée à l’engagement bénévole est un constat que j’ai fait dans le canton de Saint-Gall et que la rencontre a corroboré. Maints représentants des directions diocésaines et de la pastorale à l’échelon local, mais aussi des chercheurs tels Theo Wehner invitent à prendre conscience du potentiel des laïcs et à leur faire de la place. Et chez les bénévoles eux-mêmes, j’ai perçu partout un intérêt très vif pour l’évolution de l’Eglise et une envie profonde d’y prendre une part active. A Saint-Gall comme ailleurs, de multiples questions se posent: sous quelle forme cette participation doit-elle s’exercer et avec quelles exigences de professionnalisme? convient-il de la rémunérer? des passerelles du statut de bénévole à celui de salarié sont-elles envisageables? De manière générale, l’existence d’une bonne collaboration entre les deux parties dans le système dualiste est perçue comme une aide. Les unités pastorales de grande taille et l’institution de nouvelles fonctions permettent et requièrent un réseautage intense.
Les structures pastorales, leurs dénominations et le mode de rémunération des personnes qui y participent diffèrent beaucoup selon les diocèses, les cantons et les regroupements paroissiaux. Par exemple, au sein de l’évêché de Saint-Gall où des unités pastorales ont été créées, les collaborateurs pastoraux qui y sont mandatés par l’évêque assument collectivement leurs responsabilités dirigeantes. Dans celui de Bâle, les unités pastorales existantes présentent des différences importantes entre elles, qu’il s’agisse des modèles de conduite en vigueur, des titres donnés aux collaborateurs pastoraux et aux organes de milice qui y opèrent, ou encore de l’indemnisation des bénévoles.

Dans les débats au sujet de l’avenir du volontariat au sein de l’Eglise, on ne fait pas toujours une distinction claire entre engagement milicien au sein d’autorités de droit public ecclésiastique et bénévolat au sens propre. Cette nuance joue-t-elle un rôle dans la pratique? Ou tend-on à confondre ces deux notions?
Selon ma perception, cette distinction ne joue aucun rôle au niveau du fonctionnement des organes de droit public ecclésiastique et des conseils pastoraux. Tous ceux qui s’engagent volontairement mettent à disposition leurs aptitudes et leurs ressources, notamment leur savoir et leur temps, pour assurer l’accomplissement d’une tâche publique. En ce sens, ils sont des «miliciens» mais ne se considèrent pas comme tels. A dire vrai, c’est à l’occasion de la rencontre organisée par la Conférence centrale que j’ai été confrontée pour la première fois à la notion d’«autorité de milice» dans un contexte ecclésial. En revanche, l’indemnisation de l’engagement volontaire en tant que forme de reconnaissance de ce dernier a un rôle à jouer dans la mesure où cette pratique est courante au sein des organes de milice. Le principe même du versement d’indemnités, l’importance des montants alloués et les activités rétribuées dépendent sont tributaires des réglementations adoptées, lesquelles diffèrent considérablement selon les lieux et au gré de moyens financiers à disposition.

Quant au travail des autorités au sein des unités pastorales, il donne lieu à des aspirations opposées. Certains préconisent des regroupements et fusions à grande échelle afin d’échapper au risque de pénurie de candidats pour les organes à repourvoir. D’autres, à l’inverse, plaident en faveur d’unités sur lesquelles on peut conserver une bonne vue d’ensemble, à défaut de quoi les tâches des autorités de milice deviennent trop lourdes. Quelle est votre appréciation à cet égard?
La grande taille et la visibilité ne sont pas nécessairement antinomiques! Je suis pour un «tous les deux à la fois», à savoir favorable à des entités vastes, mais au sein desquelles les liens au niveau local sont pris en compte. La proximité avec les fidèles est une condition indispensable au développement d’une communauté chrétienne. Les unités pastorales offrent une chance aux professionnels et aux volontaires de travailler en réseau et de définir des axes d’action.
Les autorités de milice et les bénévoles sont actifs à tous les niveaux. J’ai eu l’occasion d’observer dans des conseils la présence de personnes très motivées mettant à profit leur savoir acquis au fil de leurs expériences de vie et de leur formation. Aussi, je suis convaincue qu’à l’avenir également, on parviendra à susciter, tant à l’échelon local qu’au niveau d’entités plus grandes, l’intérêt et la participation active de personnes très compétentes.

Si vous deviez résumer en trois vœux ce que la Conférence centrale devrait entreprendre – éventuellement conjointement avec la CES – pour renforcer l’engagement milicien et le bénévolat, quels seraient-ils?
En proposant de se pencher sur la problématique des autorités de milice, la Conférence centrale s’est attaquée à un sujet fondamental pour le développement de l’Eglise et a pris position en faveur de cette forme d’engagement. Je serais favorable à ce qu’elle mette sur pied sur ce même thème d’autres manifestations qui offrent à des représentants des directions diocésaines, de la science, du personnel pastoral et des organisations de bénévoles l’occasion de se parler. Car parmi les multiples conditions à remplir pour promouvoir l’engagement bénévole au sein de l’Eglise en Suisse figurent en particulier la connaissance et l’estime mutuelles, mais aussi l’entretien d’échanges entre les deux parties prenantes au système dualiste, entre les directions diocésaines et les conseils de paroisse et unités pastorales ainsi qu’entre la science, la théorie et la pratique. Je pense qu’il vaut la peine d’approfondir le sujet dans le cadre d’un dialogue.

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L’«engagement milicien en milieu ecclésial» est-il un concept méconnu en Suisse romande?

Interview avec Michel Racloz, délégué du vicaire épiscopal en charge du canton de Vaud au sein du diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg.

Sous le titre «Le système de milice: modèle dépassé ou d’avenir?», la Conférence centrale a organisé à Zurich à la mi-décembre 2015 un symposium qui a attiré de nombreux Romands. Parmi les orateurs francophones invités figurait Michel Racloz, délégué du vicaire épiscopal du diocèse de Lausanne–Genève–Fribourg. Après la rencontre, on lui a posé quelques questions si l‘«engagement milicien en milieu ecclésial» est-il un concept méconnu en Suisse romande?»

M. Racloz, à l’issue du symposium, une Romande s’est approchée de moi et m’a fait cette réflexion: «Chez nous, la notion d’engagement milicien en milieu ecclésial n’est pas courante du tout. Néanmoins, j’ai trouvé la rencontre intéressante.» Que pensez-vous de ce constat?
Peut-être est-ce une question de vocabulaire et d’approche. En Suisse romande, nous parlons de conseillères et conseillers de paroisse ou de membres d’instances cantonales et nous mettons l’accent sur le fait que ce sont des bénévoles. Comme d’autres baptisés, elles et ils apportent leurs compétences et expériences, par exemple dans les domaines de la gestion, des finances, de l’immobilier, des relations avec les communes au service de la vie de l’Eglise. A ma connaissance, les parallèles et les similitudes sont rarement faits avec le système de milice dans la politique ou dans l’armée ou encore dans les systèmes scolaires en Suisse romande. Cette forme de bénévolat dans les associations paroissiales ou les instances cantonales est exigeante en raison des responsabilités à assumer et de la durée des engagements. Le défi de la relève est bien là.

Des représentants de Suisse alémanique et de Suisse romande ont participé à votre atelier. Avez-vous constaté des différences dans la manière de s’engager au sein de l’Eglise selon les régions linguistiques de notre pays?
Question délicate et très complexe. J’ai l’impression d’une différence culturelle dans les relations entre les instances et l’autorité épiscopale. Je perçois que du côté alémanique, chacun affirme plus sa place et les rapports sont plus directs et confrontants. Il y a peut-être davantage de revendications en Suisse alémanique de la part des laïcs. En Suisse romande, je crois que nous sommes davantage dans une recherche de consensus, de compromis, d’être ensemble quel que soit notre statut au sein de l’Eglise. La différence de taille des diocèses, de l’état de forces pastorales, le profil et le rôle des agents pastoraux laïcs peuvent aussi être des facteurs explicatifs de ces différences.

En Suisse alémanique, on observe une certaine tendance à indemniser de manière plus substantielle les autorités de milice, cela afin de tenir compte des exigences accrues auxquelles elles doivent satisfaire. Il faut aussi que des personnes ayant besoin de gagner un peu d’argent puissent remplir des charges. Quel regard portez-vous sur cette évolution? Un phénomène similaire est-il perceptible également en Suisse romande?
Je n’ai pas connaissance que les membres bénévoles des conseils de paroisse soient indemnisés. Tout au plus, ils reçoivent des signes de reconnaissance, comme les autres personnes engagées dans les domaines de la catéchèse, de la liturgie et de la diaconie. Parfois, certains frais sont pris en charge, mais cela dépend de l’état des finances des paroisses et de certaines options locales.
Je crois que chaque baptisé est appelé à prendre part à la vie de l’Eglise et à être signe de l’amitié de Dieu pour les femmes et les hommes dans ses milieux de vie. Chaque service au sein de l’Eglise est important et je trouve très délicat de commencer ou de renforcer l’indemnisation pour certains d’entre eux. Je pense préférable que les personnes s’engagent pour d’autres motivations existentielles que celle de l’indemnisation. Toutefois, il est essentiel que le manque de ressource financière ne soit pas une raison ou un obstacle pour une personne de s’engager au sein de l’Eglise. J’opterais plutôt alors pour une réflexion de fond sur l’organisation du travail aujourd’hui. Nous pourrions susciter la création de coopérative ou d’associations dans le domaine du développement durable, qui permettraient à des personnes en fragilité ou en précarité d’avoir une place, de pouvoir partager leurs talents et d’avoir peut-être un vrai revenu ou un gain complémentaire.

La problématique du système dit dualiste est souvent qualifiée de typiquement alémanique. Or, la cohabitation de deux structures existe bel et bien en Suisse romande, notamment dans le canton de Vaud où vous êtes actif. Que recommanderiez-vous pour favoriser une bonne collaboration entre personnes engagées à titre professionnel au service de l’Eglise et autorités de milice?
Vaste et importante question. Je crois que nous devons d’abord nous dire qu’ensemble nous sommes d’une part appelés à mieux comprendre les profonds bouleversements sociétaux et d’autre part à être interpellés par les intuitions, les initiatives, les options du Pape François. En bref, de nous décentrer et de regarder ensemble vers les tâches et activités essentielles pour l’Eglise à assumer aujourd’hui avec d’autres Eglises et communautés religieuses.
Nous devons aussi prendre conscience que nous sommes pluriels avec des cultures variées en fonction de nos histoires de vie et de nos parcours professionnels. Chaque domaine ou sphère a sa logique, ses valeurs et ses critères, comme par exemple le management dans le monde de la finance et celui de la vie des équipes pastorales. Il s’agit de le verbaliser, de mieux comprendre les mondes des autres et de discerner ensemble ce qui est bon et sain pour les personnes et le vivre ensemble à la lumière de l’Evangile. Je souhaite que nous soyons dans une dynamique d’apprentissage, de travail interdisciplinaire, d’une culture d’un dialogue approfondi et exigeant.
Un des enjeux principaux est la qualité de la communication et de la circulation de l’information entre les actrices et les acteurs concernés. Des efforts de « traductions » entre les visions du monde et d’harmonisation sont nécessaires. La reconnaissance de la place de chacune et chacun avec ses spécificités et ses sphères de compétences ainsi des différences de rythmes sont aussi des ingrédients qui favorisent une saine collaboration.
Je perçois encore une grande tension à surmonter. Pour vivre ce que je décris, un temps important est nécessaire et cette démarche doit s’inscrire dans la durée. Or nous vivons dans une culture très axée sur l’immédiateté et la rapidité. A la suite de Jésus, des temps de prise de recul, de partages, de retraites en commun me semblent aussi indispensable. Je suis sûr que c’est un investissement qui porte des fruits!

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Le bénévolat a toujours la cote

L’Observatoire du bénévolat constitue une référence pour s’informer sur les activités bénévoles en Suisse. Il dispose des chiffres les plus actuels sur l’engagement au sein de la société civile et permet de prédire les futures tendances.

Sous le titre «Observatoire du bénévolat 2016», la Société suisse d’utilité publique (SSUP) a publié le 19 février 2016, pour la troisième fois en dix ans, une étude statistique relative à l’engagement bénévole. L’ouvrage propose une évaluation du travail volontaire accompli par la population suisse établie à partir de relevés systématiques. Il ressort de cette nouvelle édition que le bénévolat «formel», à savoir les activités non rémunérées assumées au sein d’associations et d’organisations, accuse un léger recul depuis 2010, néanmoins toujours à un niveau élevé. Quant au bénévolat dit «informel», qui recouvre essentiellement des prestations personnelles d’assistance, il a même augmenté dans l’intervalle.

L’Observatoire du bénévolat 2016 a braqué particulièrement le faisceau sur l’engagement bénévole via Internet, celui des jeunes adultes et le rapport entre la migration et le volontariat.

Pour ce qui est du rapport entre bénévolat et appartenance confessionnelle, l’étude démontre l’existence d’écarts très importants au niveau de l’engagement formel: dans ce domaine, l’engagement des protestants et (un peu moins) des catholiques est sensiblement plus intense que celui des personnes sans confession. En revanche, s’agissant du bénévolat informel, les différences sont moindres.

Résumé de l'Observatoire du bénévolat 2016

Pour plus d’informations sur l'Observatoire du bénévolat ici

Markus Freitag et al.; Freiwilligen-Monitor Schweiz 2016; Zürich 2016 (Edition Seismo)



L’engagement milicien – une ressource pour les Eglises et autres acteurs de la société

«Le système de milice: modèle dépassé ou d’avenir?» Telle était la question provocante sur laquelle se sont penchés les quelque soixante-dix participants à une rencontre organisée par la Conférence centrale.

Parallèlement à la démocratie directe et au fédéralisme. l’«esprit de milice» constitue le troisième pilier sur lequel repose l’identité politique de la Suisse, a relevé Tibère Adler, directeur du think tank Avenir Suisse en Suisse romande. Et dans son allocution de bienvenue, la vice-présidente de la Conférence centrale, Susana Garcia, avait déjà livré aux participants ce calcul selon lequel, dans l’Eglise catholique uniquement, près de 9’000 personnes assument un service de milice. Aussi, la société et les Eglises ne sauraient rester de glace face à un effritement de cette pierre angulaire de notre identité nationale.

Un peu partout, on est en quête de nouvelles solutions, mais elles sont à double tranchant

On ne s’étonnera guère que, dans maints secteurs de la société civile suisse, des réflexions soient menées sur les raisons du désintérêt pour l’engagement milicien et sur la façon dont son avenir pourrait être assuré. Nombre de solutions proposées sont toutefois à double tranchant:

  • Réduire les tâches confiées aux autorités de milice fait courir le risque que cet engagement soit marginalisé et passe progressivement pour du folklore; à l’inverse, étendre leur mission expose à des risques de surcharge de travail et de surmenage.
  • Augmenter la rémunération des activités miliciennes nuit à leur crédibilité et suscite de fausses incitations, tandis que la maintenir à un bas niveau a pour effet que des hommes et des femmes qui vivent de leur travail ne peuvent plus s’offrir la charge supplémentaire considérable qu’implique de tels engagements.

Des dilemmes similaires existent pour des sujets de préoccupation tels que la professionnalisation, le temps à consacrer, etc. A titre de solution de remplacement, Avenir Suisse a lancé dans le débat l’idée d’un service citoyen pour tous (envisagé comme un élargissement du service militaire pour les hommes) et l’introduction d’un droit d’éligibilité pour les étrangers au niveau communal. A ces suggestions sont associées une plus grande reconnaissance de l’engagement milicien au travers d’offres de formation et de la délivrance d’attestations pour l’activité bénévole accomplie et les compétences acquises dans ce cadre.

L’engagement de milice donne du sens – une fausse professionnalisation et la bureaucratisation sont nuisibles

C’est un autre angle de vue qu’a proposé le deuxième orateur, Theo Wehner, professeur émérite de psychologie du travail et de l’organisation à l’EPFZ. Il a démontré que l’activité milicienne accroît la joie de vivre. La personne qui assume un tel engagement se lance dans une expérience qui donne du sens à sa vie, que ce soit en participant à des initiatives sociales novatrices, en exerçant une activité en harmonie avec ses propres valeurs ou encore en expérimentant un sentiment d’appartenance et de valorisation. Toutefois, cette expérience de l’engagement milicien source de sens peut être mise en danger par les pièges suivants: mépris du savoir empirique et admiration débordante pour les efforts de professionnalisation, «gestionnite» et bureaucratisation excessive des tâches honorifiques, manque d’une culture de la reconnaissance et de la participation qui fasse appel à l’imagination.

Ateliers sur des sujets spécifiques à l’Eglise

Sur cette toile de fond, les ateliers de l’après-midi ont été axés sur les questions suivantes:

  • Comment peut-on renforcer le système de milice au sein de la société – et, partant, de l’Eglise aussi – au travers de changements apportés aux conditions-cadres?
  • Le système de milice en milieu ecclésial et sa crédibilité ont-ils un profit à tirer du développement de modèles d’indemnisation?
  • Quels facteurs peuvent renforcer la motivation à assumer un engagement milicien en milieu ecclésial?
  • Quels facteurs favorisent une saine collaboration entre organismes de milice et personnes exerçant des charges à titre professionnel?
  • Quelle est la marge de manœuvre des autorités de milice actives dans l’Eglise catholique s’agissant de questions d’ordre conceptuel?
  • Quels sont les moyens susceptibles d’aider les organes de milice à remplir judicieusement leur mission au sein d’unités pastorales toujours plus vastes?

Les apports de spécialistes, le dialogue entre «professionnels» et «miliciens», des regards portés au-delà des frontières cantonales et linguistiques ainsi que les échanges d’expériences et d’idées ont été vécus par de nombreux participants comme un encouragement à poursuivre leur propre engagement mais aussi à chercher à renforcer le système de milice. Lors de la discussion finale, les expressions ci-dessous ont été entendues à maintes reprises:

  • «Promotion de bonnes conditions cadres», 
  • «Création d’authentiques possibilités de participation»,
  • «Reconnaissance de la diversité des compétences des membres des autorités de milice», 
  • «Dialogue au sein du système dualiste».

Les prestations que la Conférence centrale pourrait encore assurer au-delà de cette rencontre est un point qui reste à clarifier. Cependant, il est d’ores et déjà certain que l’on se gardera de mettre en place des mesures bureaucratiques, souligna Daniel Kosch, secrétaire général de la Conférence centrale, dans son allocution finale.

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Le bénévolat en Suisse

Nouvelle brochure éditée par l'OFS sous le titre «Le bénévolat en Suisse 2013/2014»

Le travail accompli en Suisse à titre bénévole revêt des proportions considérables: près de 1,4 million de personnes exercent des activités non rémunérées dans le cadre d‘organisations ou d’institutions, auxquelles s’ajoutent 1,3 million d’individus accomplissant de manière informelle et à titre gratuit des tâches de toute nature: aide au voisinage, garde d’enfants, services et soins réguliers assurés à des membres de la parenté ou à des connaissances. Ces personnes qui se dévouent ainsi pour autrui consacrent en moyenne une demi-journée par semaine à leur engagement bénévole. Selon une estimation effectuée, cela a représenté en 2013 quelque 665 millions d’heures de travail non rémunérées.

La brochure «Le bénévolat en Suisse 2013/2014» propose des données chiffrées sur la participation de la population résidente âgée de 15 ans et plus à des activités bénévoles institutionnalisées ou informelles. On y trouve également des informations sur la motivation des personnes qui s’engagent ainsi gratuitement, sur le potentiel de recrutement existant, de même que sur les dons. La publication a été réalisée par l’Office fédéral de la statistique en collaboration avec la Société suisse d’utilité publique.



Parlamentsdienste 3003 Bern

«Etat citoyen et citoyens dans l’Etat – la politique de milice entre le mythe et la modernité»

Le nouvel ouvrage d’Avenir Suisse braque les projecteurs sur le système de milice politique dans toute sa dimension et appelle de ses vœux l’introduction d’un service citoyen.

Dans les milieux d’Eglise, on a toujours insisté sur le fait que la vie des individus ne saurait se partager uniquement entre le travail et les loisirs. Au contraire, elle doit comporter aussi un «volet social», à savoir du temps réservé à la famille, aux rapports sociaux ainsi qu’au bien commun.

La proposition d’Avenir Suisse d’étudier l’introduction d’un service citoyen pour les hommes, les femmes et les étrangers établis dans notre pays qui serait accompli au sein de l’armée ou dans le cadre d’activités civiles constitue incontestablement une tentative possible de concrétisation de ce postulat. Certes, il ne s’agit pas de la seule voie envisageable, et elle ne va pas sans susciter des réticences. Dans son nouveau livre «Etat citoyen et citoyens dans l’Etat – la politique de milice entre le mythe et la modernité», le think tank indépendant Avenir Suisse brosse un vaste tableau du système de milice politique, de la commune à la Confédération en passant par le canton, et lance l’idée de lui donner un nouvel élan au travers de l’institution d’un service citoyen pour tous.

Cette idée a pour toile de fond une observation des auteurs de l’ouvrage selon laquelle notre culture de milice ne cesse de s’éroder. Tandis que les membres du Parlement comptent de plus en plus de politiciens à plein temps, les communes et paroisses ont du mal à recruter des candidats pour leurs autorités. Résultat: l’Etat prend en main de plus en plus de tâches que les organes de milice locaux ne sont plus capables d’assumer. Or, avec tel système, la Suisse dispose d’une institution unique en son genre, laquelle a le mérite de renforcer chez les citoyens un sentiment d’appartenance à l’Etat, de favoriser leur sens du compromis et du consensus, tout en limitant la bureaucratie.